Capricieuse inspiration

photographie rue Vannes lumiere

C’est pas que je ne veux pas, tu sais, c’est juste que ça ne veut pas, juste que j’y arrive pas.

Je la vois me regarder du coin de l’œil, petite chipie, je la vois à moitié cachée avec son sourire insolent, ce petit air effronté qui me dit « tu ne m’attraperas pas ».

Je ne l’attrape pas ces temps-ci. Je la vois parfois passer, pas souvent, mais je ne l’attrape jamais. Ce n’est pas le moment, j’ai autre chose à faire, l’amoureux est là, je suis fatiguée, dans un mois je n’ai plus de travail et je ferais mieux de les jeter, elle et son insolence, dans mes lettres de motivation, plutôt que de chercher à en faire du beau, plutôt que de chercher des mots qui pourraient te plaire à toi mais pas à monsieur machin qui me jauge depuis son grand bureau, armé de son costard cravate et de son plus beau stylo bille.

C’est toujours un peu ça le problème, chercher à faire de l’efficace plutôt que du beau.

Je sais pourtant, je sais, qu’on ne l’attrape pas comme ça, qu’on ne décide pas subitement de lui courir après parce que là, tout de suite, on a dix minutes. Cette petite maline ne se laisse jamais attraper quand on le voudrait.

Je sais que l’inspiration, c’est un peu comme un cheval traumatisé, ça sert à rien d’arriver avec une carotte si on a pas le temps de l’apprivoiser, ça demande de la patience ces bêtes là. Je sais qu’il faut tranquillement l’attendre, lui dire regarde, regarde je suis là et je suis disponible pour toi, même si j’ai plein d’autres trucs à faire, je sais que tu es là et que tu as envie de venir, je t’ai sentie me tourner autour, me regarder avec méfiance en te demandant si cette fois-ci aussi j’allais t’ignorer. Alors j’ai pris le temps, je me suis arrêtée et je t’ai attendue, et quand tu seras là toute entière, je serai aussi là pour toi.

Oui je sais, elle aime pas beaucoup la pluie en été, mon insolente, mais bon, on n’a pas toujours le choix, elle aime pas beaucoup non plus travailler 9h par jour et puis chercher du travail le soir, elle aime pas les tâches administratives, les soirées courses et ménage. Par contre elle aime bien quand on est en voiture juste toutes les deux, elle aime bien mes séances de course à pied, nos soirées calmes sur le canapé rouge, elle aime bien le calme de la tombée de la nuit ou du lever du jour. Mais tu sais, ces derniers temps, je lui donne pas trop toutes ces choses qu’elle aime, ou peut être que si, mais elle ne vient pas quand même. La fatigue, les petits tracas du quotidien, le stress de l’avenir proche. Elle a décroché, l’effrontée, elle a décidé de me laisser me débrouiller avec ça toute seule, et de ne revenir que quand ce serait réglé. Je crois qu’elle pense qu’il n’y a plus de place pour elle au milieu de tout ça. Je crois que quelque part, c’est moi qui l’abandonne, finalement.

Aller, viens, ma douce, je crois que je me rends compte, maintenant, que la vie, en fait, elle est quand même beaucoup plus jolie avec toi.

2 Comments

    • Merci beaucoup Marine ! Je pense qu’il y avait effectivement beaucoup de tendresse pour cette petite maligne, qui était finalement un peu avec moi, tout de même ^^

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