Ceux qui comptent

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C’était dans la nuit de samedi à dimanche, vers 2h du matin, je conduisais. J’étais pas vraiment toute seule cette fois-ci, mais c’était tout comme, parce que ma première passagère m’avait piqué ma veste pour s’en faire une couverture et s’était endormie avant même que je démarre la voiture, et que le deuxième m’avait dit « je vais essayer de rester réveillé pour te tenir compagnie », mais honnêtement, ça avait tenu 10 minutes.

C’est pas grave, j’aime bien conduire seule, j’avais mis la musique, et j’ai pu profiter un peu de la douceur des deux derniers jours, de cet anniversaire passé pour une fois auprès de ceux que j’aime.

J’ai repensé à cette crève, celle que je trainais depuis une semaine, et qui s’est subitement améliorée le jour J, comme un rappel, comme pour me dire « souviens toi que tu as déjà beaucoup de chance, tu es en bonne santé ». Je suis un peu un garçon quand je suis malade, c’est comme si c’était la fin du monde et que j’étais plus trop capable de bouger (mais curieusement, me plaindre, il n’y a pas de problème, je sais encore largement faire). Mais c’est vrai, se lever le matin en bonne santé, sans avoir mal nul part, et avoir le luxe de râler que le réveil sonne trop tôt et qu’on serait bien resté au lit, c’est déjà être sacrément chanceux, en fait.

Et puis j’ai repensé au vendredi, au déjeuner avec mon père, aux sushis et au cinéma du soir, à cette jolie pierre verte, verte comme ses yeux, qui orne désormais mon cou. A la douceur de cette journée et à tous ceux qui avaient pensé à moi, même s’ils avaient été largement aidés par Facebook, on s’en fout.

Et puis le samedi, le déjeuner crêpes avec elle, le verre à Lorient avec eux, et le repas du soir, réunissant ceux que je ne réunis jamais, mais ceux que j’avais envie de réunir pour cette soirée là, car leur présence comptait pour moi. Car ils comptent pour moi, tout simplement. Mes anniversaires, d’habitude je les passe seule et loin, et c’est toujours un petit pincement au cœur, alors pour une fois, c’était simplement bon d’avoir tous ceux qui comptent juste quelques heures.

J’ai repensé aux rires autour de cette table, au plaisir que j’ai eu à observer ceux qui me connaissent mais ne se connaissent pas discuter ensemble, sans moi. Pour une fois, j’ai sorti mon appareil photo ce soir là, moi qui ne fais jamais de portraits, pour leurs expressions, pour leurs sourires, pour leurs regards.

Alors dans la voiture, j’ai pris le temps, d’enregistrer ces deux jours de course un peu frénétique, de respirer profondément et d’y réfléchir. J’ai pris le temps de revenir sur cette année 2015 pleine de peines et de pertes, dépassées pour la plupart, mais dont l’une d’elles me casse encore le cœur en petits morceaux. J’ai écouté la musique et je me suis dit que même si la vie n’était pas encore parfaite, en fait rien n’était grave, parce que là tout de suite, elle était jolie, et simple quand même, et puis pour le reste, on verrait ça plus tard. J’ai repensé à cette colère que je trimballais depuis quelques temps, celle qui était devenue tellement forte début 2015 que je m’étais demandé de quelle façon j’allais exploser, et ce que ça allait donner. Je n’ai jamais explosé, et mieux, je me suis rendue compte qu’elle était partie, la colère, qu’au fond de moi, je me sentais plus sereine, et plus du tout comme une cocotte minute oubliée trop longtemps sur le feu. Alors peut être que finalement, même si ça parait pas de l’extérieur comme ça, peut être que j’ai fait les bons choix. Peut être que je commence doucement à me rapprocher de qui je suis et de ce que je veux pour moi.

On est arrivés sur Vannes et j’ai quitté la voie express. Je les ai regardés dormir, juste une seconde, et tu sais, j’ai pas eu envie que la conduite en ville les réveille. Alors j’ai accéléré doucement, freiné encore plus doucement, et fait attention dans les virages et les ronds points. Je crois que ça a un peu énervé le type derrière moi, il devait être fatigué et pressé de rentrer. Pas moi.

Moi j’avais la sensation de veiller un peu sur eux, de prendre soin d’eux. Et puis je me suis sentie chanceuse, de les avoir tous les deux dans mon quotidien. Je me suis sentie chanceuse d’avoir deux personnes si importantes pour moi que ça m’amenait à conduire comme une mamie à 3h du matin, juste pour ne pas les réveiller, juste pour leur faire gagner quelques minutes de sommeil.

On a roulé sur les pavés, et ça l’a réveillé lui, mais pas elle. Elle, il a fallu que je me retourne après avoir coupé le contact et que je lui secoue gentiment le genou.

Ma belle, on est arrivés, tu vas pouvoir aller te coucher.

10 Comments

  1. oh zut! Alors je te souhaite un bon anniversaire en retard… En effet, il faut laisser au temps le temps…. Bisous.

  2. Qu’il est beau cet article, rempli d’amour et d’émotions. Merci pour le sourire et la chaleur qui vient d’envahir mon coeur. <3

  3. C dingue comme tu arrives à faire passer tes émotions à travers tes mots…… merci à toi d’avoir éclairé cette soirée et merci à ceux qui sont venus partager ce moment de pur plaisir…

    • Merci pour ton commentaire et merci à toi d’avoir été l’hote de la soirée <3

    • Merci beaucoup pour ce commentaire qui me touche énormément ! Ça me fait très plaisir et m’encourage de savoir que mon blog peut parler à des personnes qui ne me connaissent pas <3

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