Hey 2015

   J’y ai bien pensé, au fait qu’on ne commence pas une lettre par un « hey ». Je sais bien, qu’il aurait fallu écrire « Cher 2015 », mais j’avais pas envie. J’y ai quand même réfléchi, mais je te l’avoue, j’ai préféré t’interpeller, comme pour te dire « Hey 2015, au fait, t’as vraiment été une année de merde, tu sais ».

Non, t’as pas été cool, 2015. T’as pas été cool en janvier avec la liberté d’expression, t’as pas été cool en novembre avec nos rues et nos salles de concert parisiennes.

Et puis, 2015, plus égoïstement, t’as été dur avec les gens que j’aime, t’as été dur avec moi.

J’ai pourtant pas eu des années rose bonbon avant toi, mais sur tes 6 premiers mois, j’ai l’impression que tu m’as pété les genoux pour me mettre la face contre le sol. J’ai beau finir l’année de manière hyper positive, tu sais, j’ai encore dans la bouche le goût de toute la poussière que tu m’as faite avaler.

Il y a eu le chômage, d’abord. Il était choisi celui là, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il dure si longtemps, je ne m’attendais pas non plus à ce que tu décides d’exploser tous les autres pans de ma vie jusqu’à me perdre et errer quelques mois.

Il y a ce début d’année, cette tristesse qui ne me lâchait pas, ce petit quelque chose qui me dérangeait terriblement sans que j’arrive à l’identifier. Et puis il y a eu mars, le changement soudain, violent, même si je me rends compte aujourd’hui que c’était pour le mieux. J’ai dû déménager, après avoir perdu un autre pan de ma vie.

Il y a eu Amsterdam, en avril. Il y a eu cette liberté que j’ai retrouvé là-bas, cette sérénité, cette reconnexion avec moi-même, et la sensation que tout était encore tellement possible.

Et puis le choc en rentrant, ce petit être qui faisait mon monde, l’un de mes seuls repères depuis plus de 10 ans, s’est éteint si vite que j’ai à peine eu le temps de comprendre.

On était en mai, 2015, seulement en mai, et tu étais déjà un enfer pour moi.

Je voulais que tu partes, 2015, que tu m’oublies, que tu n’aies jamais existé, que tu me rendes mon Stick et ailles fracasser l’âme de quelqu’un d’autre plutôt que de t’acharner sur la mienne.

J’étais vide, 2015, j’avais la sensation de n’avoir plus rien, plus rien qui vaille la peine. Je me sentais seule, terriblement seule, et j’avais mal, tellement mal.

Et, encore, je ne parle que de moi, mais autour de moi cette année, les gens que j’aime ont aussi perdu ceux qui faisaient leur monde à eux, et tu sais, c’est tellement, tellement injuste, tout ça.

L’unique avantage, quand on a touché le fond, c’est qu’on a maintenant un support sur lequel donner une grande impulsion, histoire de remonter toucher les rayons du soleil à la surface.

Après un énième entretien d’embauche décevant, j’ai pris une décision, la première de l’année, et puis j’ai eu l’envie de lancer un projet.

Alors j’ai déménagé, encore une fois, et j’ai eu un demi chez moi. Et puis l’été est arrivé, et j’ai commencé à me sentir mieux.

L’été, ton été, 2015. Il y a eu cette soirée où j’ai souri à ses yeux verts et ses bouclettes brunes, en me disant qu’il était bien trop jeune mais que bon, hein, à l’occasion.

Tu t’es bien foutu de ma gueule sur ce coup là, 2015, j’y suis allée sans trop me poser de questions, et puis paf, il n’y a jamais eu d’occasion. Il y a eu le premier jour, et puis tous ceux d’après. J’étais pas prête, alors ça a été beaucoup, beaucoup d’angoisse. Il y a eu les phrases pleines de sous entendus, celles qui disent « tu sais, c’est pas vraiment de l’amour parce que c’est un peu tôt et que je te connais pas, mais quand même, plus les jours passent, et plus je me dis que ça y ressemble ». Il y a eu les présentations aux amis, à la famille. Il y a eu les discussions légères et celles, sérieuses, qui font croire que peut être, si on cultive ce nous comme s’il était précieux et fragile, peut être qu’on ira quelque part, tous les deux. Il y a eu les désaccords, et nos cœurs ouverts pour se comprendre et les résoudre. Et puis finalement, tu sais, 2015, ça fait quelques mois qu’on s’aime, tout simplement.

C’est à partir de là, 2015, que j’ai commencé à faire le tri dans mes doutes, que j’ai commencé à croire que la vie pouvait redevenir positive. Parce que depuis cet été, tous les pans de ma vie, ou presque, se reconstruisent.

Il y a eu cette formation à la création d’entreprise, la formalisation d’un projet, d’un rêve, et puis les rencontres fabuleuses que j’ai pu faire.

Et puis finalement, il y a eu cet entretien qui a fini par marcher. Et pourtant, après la première étape, je n’y croyais pas. Et me voilà, au moins pour 8 mois, sur un poste intéressant, dans une boite intéressante.  

2015, sur tes 6 premiers mois, j’ai eu l’impression que tu m’as tout pris. Et j’ai mis du temps, beaucoup de temps, à tout reconstruire, mais en mieux.

Alors même si tout va bien, même si tu finis bien, j’ai hâte que tu te termines, j’ai hâte de pouvoir entamer une nouvelle année, une qui n’a pas de goût de poussière dans ma bouche, une qui n’a pas de mauvais souvenirs, une qui n’a pas enlevé à mes proches les gens qu’ils aimaient le plus au monde.

Ne va pas croire que je t’en veux, 2015, mais je t’aime comme une épreuve. Je te garderais bien ancrée dans mes souvenirs, toi et ton goût de poussière, et puis tu seras ma référence, celle que je regarderai encore des années plus tard, en me disant « je l’ai franchie ».

Il est temps que tu deviennes du passé, 2015, et que tu me laisses tranquillement solidifier tout ce que j’ai construit ces derniers mois avec 2016. Il est temps que tu t’effaces, 2015, ne t’inquiète pas, personne ne t’oubliera.

Hey, au fait, t’as vraiment été une année de merde, 2015, mais quand même, merci pour le reste.

 

 

 

4 Comments

  1. Oh Ocilia, je pourrais presque te dire « ma grande », car je sais que tu es « grande », je te souhaite tout le bonheur du monde, je sais, c’est « relou » , du « déjà dit » mais je regrette cette rencontre ratée en avril… j’aurai aimé te prendre dans mes bras et peut être te consoler… je croise les doigts pour que 2016 soit enfin l’année de toutes les réussites, les bonheurs privés et professionnels. Derniers gros pétous de 2015. Nanou

    • Nanou bonne année ! J’espère que tout va bien pour toi et que tu as passé de bonnes fêtes. On aura bien d’autres occasions de se voir et d’ailleurs fais moi signe si tu passes en Bretagne ! Merci pour ton message ! Bisous

  2. J’ai adoré ton article… Tu as une tres jolie plume.

    2015 pour moi n’aura pas été si désagréable, puisque j’ai passé les derniers mois à l’étranger. Je n’ai donc pas vécu cette seconde épreuve…

    J’espere sincerement que 2016 sera meilleure pour toi.

    Bisous
    Mélanie

    • Merci beaucoup Mélanie tu n’imagine pas comme cette première phrase peut me faire plaisir… J’ai vu que tu avais posté plein de choses sur ton blog mais je n’ai plus internet j’attends avec impatience de l’avoir pour rattraper mon retard sur ton voyage !
      Je te souhaite une très belle année 2016, qu’elle continue sur la lancée de 2015 puisque tu as l’air d’avoir eu une très jolie année je ne peux que te souhaiter la même chose ! Bisous

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