J’ai pensé à toi

J’ai pensé à toi, jeudi. Tu sais, j’ai allumé mon téléphone juste avant de prendre l’ascenseur, parce que c’était un de ces matins un peu fous, parce que je n’avais pas trouvé le temps depuis le réveil. C’est dingue hein, on devrait toujours trouver le temps pour tout. On court continuellement dans la vie, c’est vraiment n’importe quoi.

J’ai allumé mon portable, et Facebook s’est réveillé lui aussi. Il m’a balancé que c’était ton anniversaire, comme ça. Il m’a dit que tu avais 30 ans. 30 ans. Alors j’ai pensé à la veille. Tu sais j’y ai pensé si fort. J’ai pensé que j’aurais voulu être là. Pour toi. Pour eux. J’y ai pensé et j’ai regretté très fort. J’aurais voulu être là. Et pas que la veille, en fait. Alors j’ai pensé que la vie était une pute, quand même.

Je suis entrée dans l’ascenseur, et quelque part entre le 6 et le 0, les larmes se sont mises à couler.

30 ans putain. Comme moi.

Les larmes se sont mises à couler et j’en avais rien à faire, du maquillage, de mes yeux rouges en arrivant au bureau. Je pensais à toi, je pensais à la veille, je pensais à tes 30 ans, je pensais à ta famille. Je pensais à tous mes souvenirs avec toi, et j’avais ton rire qui résonnait dans ma tête. Je crois que tout le monde entend encore ton rire. Je crois que tout le monde ne te connait qu’avec ton sourire. Je crois que tout le monde pensait que la vie était une pute, ce jeudi, en pensant à toi.

J’ai conduit en regardant la route à travers mes yeux mouillés, et puis au boulot, j’ai dit à mes collègues que j’étais pas trop joyeuse, juste pour pas qu’ils le prennent pour eux si j’étais pas trop là, si je regardais ailleurs, si j’avais l’air de faire la gueule.

C’était juste que jeudi, c’était dur de pas penser à toi.

On organisait un gros évènement, au boulot, tu sais, alors dans la journée, il y a eu du monde, j’ai été pas mal occupée, et puis il y a eu les interviews du soir à organiser, il y a eu les gens qui m’ont tenu compagnie dans ma cage d’escalier, qui m’ont parlé entrepreneuriat, bien-être au travail, musique, politique, sport. Il y avait plein de choses à faire, plein de choses à penser.

C’est peut être pour ça que ça m’a frappé si fort, à 23h, quand je suis redescendue. Je suis entrée dans la grande salle. Ils avaient tous fini de manger, il ne restait plus que nous. Au fond de la salle, ils avaient mis de la musique. De la soupe des années 80 à aujourd’hui. Ça marche toujours, la soupe musicale, c’est un truc intemporel, tu le sais mieux que moi, bien sûr.

De la soupe comme on l’adorait, toutes les deux, pour danser comme des imbéciles, quand on avait même pas encore 20 ans, quand on passait des samedis soirs à faire la fête chez tes parents.

A gauche, ils avaient posé un jeu à la con, un truc avec des lumières rouges et vertes sur lesquelles il fallait taper. Il y avait du monde partout, ça dansait, ça jouait, ça riait, ça s’amusait.

Je suis entrée dans la salle, et tu sais, ça m’a frappé, ça m’a pris toute la poitrine dans un étau, ça a serré très fort et ça m’a coupé la respiration.

J’ai pensé à toi.

J’ai regardé tous ces gens, et tu m’as terriblement manqué. Toutes ces soirées à faire les imbéciles sur de la soupe musicale m’ont manqué. J’ai trouvé tout cela tellement injuste. J’aurais voulu que tu puisses être là et faire la fête. J’aurais voulu que toi aussi, tu puisses danser toute la nuit, toutes les nuits. J’ai regardé ces gens que je connaissais à peine, qui se connaissaient à peine, et j’ai pensé à toi. Je t’ai revue danser, rire, je t’ai revue faire le pitre face à moi, avec moi.

C’était une fête comme tu l’aurais aimée, une fête sans prise de tête, une fête avec des grandes tables et des gens sympas, une fête qui mélangeait les genres. C’était une fête pleine de sourires, d’amusements, de jeux. Une soirée pleine de solidarité et de bienveillance, aussi.

J’observais tous ces gens, cette fourmilière qui grouillait, jouait, dansait, buvait, parlait. Je les observais et je pensais à toi. Toi qui me manquerais maintenant toute ma vie. Toi qui m’avais accompagnée toute mon enfance, qui étais là le jour où j’étais devenue une adulte, une vraie, avec un chat et un appartement. J’ai repensé à cette photo, celle avec la carte, qu’on avait prise ce jour là parce qu’on était perdues à deux pas de cet appartement, et que ça nous faisait tellement rire, d’être aussi cruches.

Et quelque part entre la porte et mon assiette de paella, les larmes se sont mises à couler. J’aurais voulu hurler. J’aurais voulu hurler que la vie était une pute, j’aurais voulu hurler qu’aujourd’hui c’était ton anniversaire, que tu avais 30 ans, et que merde, merde, on faisait pas la fête le jour de tes 30 ans. On faisait pas la fête le lendemain du jour où ma maman t’avait fait un bisou de ma part, pour te dire au revoir pour toujours, avant qu’ils te mettent dans le noir. J’aurais voulu hurler que c’était toi qui aurais dû être là, à danser, à t’amuser, parce que c’était tes 30 ans, et que si toi tu ne pouvais pas, alors je n’avais pas envie d’être là non plus.

J’aurais voulu que tu sois là. J’aurais voulu faire l’andouille avec toi sur un vieux tube un peu nul. Je regardais les gens et je te voyais au milieu d’eux, avec ton sourire, et j’entendais ton rire, tu sais, parce que je ne pourrai jamais oublier ton rire.

Je te voyais danser, sauter, parler, t’amuser. Je te voyais fêter tes 30 ans.

J’aurais tellement voulu que tu sois là.

La vie est une pute, quand même, parfois.

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One Comment

  1. Je voudrais tellement revoir ses yeux pétillants, entendre son rire…
    je voudrais remonter le temps, et l’arrêter. .. juste pour qu’elle soit encore là, a faire l’imbecile dans nos soirées de folie….

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