Le surfeur, ce kéké

J’ai eu l’occasion récemment de remarquer que parmi mes connaissances non accoutumées au milieu, le surfeur n’a pas vraiment très bonne réputation.

Le surfeur, c’est un type forcément blond, franchement musclé, vaguement beau gosse, qui pour gagner sa vie s’amuse à glisser sur des vagues dans des endroits paradisiaques, et à poser pour des marques de vêtements, voire à apparaître dans des pubs. Hop, le mec il attrape une vague, il se lève sur sa planche, il tient debout jusqu’au bout, il ressort du tube en faisant le malin, le jury lui colle une bonne note, et s’il a la chance d’en avoir deux, il empoche une somme qui dépasse largement ce qu’un individu normal peut espérer gagner en une année. Une surfeuse, c’est à peu près la même chose, il suffit juste de rajouter des pointes fourchues et des poses sexy, le tour est joué.

Julian Wilson Surf

Source inconnue. Sache que j’ai longuement hésité entre Julian Wilson et John John Florence pour illustrer mon exemple, et que selon des critères totalement subjectifs, le premier l’a emporté.

Un surfeur c’est comme un footballeur en fait, mais avec un accent australien et en version plus bronzée. Et puis ça transpire moins parce que c’est dans l’eau. Voilà.

Fa-cile. Franchement gagner autant pour faire si peu, ils ont la belle vie, ces kékés.

Si tu as déjà eu la chance, ou la malchance, c’est selon, de tester le surf, tu t’es déjà bien sûr rendu compte que pour un individu normal, une demi journée de cette discipline ressemble bien plus à une très grosse baignade houleuse incluant un flux d’eau entrant absolument pas négligeable dans le nez, ainsi que de grosses courbatures aux épaules, et un énorme coup de soleil sur le visage (et j’omets volontairement les traces de bronzages laissées par la combinaison intégrale, comble du sexy).

Si malgré cela tu as décidé de continuer le surf, tu as pu te rendre compte par toi-même qu’une vague, c’est beaucoup plus puissant et impressionnant que ça en a l’air, et qu’il faut quand même pas être peureux pour y aller. Personnellement, je repense encore avec effroi à mon dernier jour de stage de surf en 2013, et aux mots de mon moniteur m’encourageant à aller chercher les vagues, là-bas au fond, par un « t’as le niveau, mais je te préviens, il faut avoir des couilles, elles font 2m50 aujourd’hui ». N’y vois là aucune référence au fait que mon statut de femme me privait des attributs nécessaires à la réalisation de la chose, il est évident qu’il montrait ce jour là du doigt mon manque flagrant de courage face à l’idée d’être avalée par des tubes bien plus grands que moi. Et il avait raison.

Quelques jours après, pendant une séance avec ma propre planche, j’ai fini emportée par une vague sans savoir où était la surface de l’eau sur un temps bien trop long pour ne pas remonter immédiatement sur la plage en disant que non, j’y allais plus, la séance était finie pour aujourd’hui, en plus j’avais trop mal au nez avec tout ce sel (sache que trop d’eau de mer dans le nez, ça fini par bruler beaucoup, et surtout, ça t’empêche de saler un seul plat pendant des jours).

Bref, surfeur, c’est pas juste un métier de kéké, c’est quand même aussi un métier super dangereux. Et certains d’entre eux méritent vraiment bien plus de respect que ce que l’on peut imaginer.

Et si tu n’es pas encore convaincu, laisse moi te piocher quelques exemples parmi les meilleurs surfeurs mondiaux sur les quelques derniers mois.

La fameuse attaque de requin de Mick Fanning et Julian Wilson

Alors celle-ci, personne n’a pu passer à côté. Mais si, souviens toi, c’était le 19 juillet, on venait d’entrer dans l’automne ici, mais en Afrique du Sud, Fanning et Wilson disputaient la finale du J-Bay Open. Wilson venait de prendre une vague, et Fanning attendait la prochaine, quand soudain un requin est venu jouer avec lui.

Alors bon, on peut dire ce qu’on veut, oui la théorie de l’attaque est discutable, Fanning n’a pas vu les dents de la bête, on dirait plutôt une malheureuse coïncidence, comme un oiseau passé dans les hélices d’un avion quoi (elle passe bien, ma comparaison, non ?). Ça a fait bondir tous les défenseurs de la cause animale parce que quand même, les requins ont vraiment une image qu’ils ne méritent pas, et puis hein, il y a bien plus de morts à cause des noix de coco que des requins.

Alors déjà, je voudrais bien voir une personne paniquée à l’idée de se retrouver à quelques centimètres d’une noix de coco. Et puis tant qu’on y est, je voudrais bien connaitre le mot utilisé pour parler d’une phobie des noix de coco, je m’endormirais moins bête comme ça.

Et puis surtout, à sa place, qui serait resté de marbre ? Je résume : le requin s’est coincé dans son leash, donc l’a tiré par la jambe, avant de l’éjecter de sa planche, au large, avec dix fois le temps de le couper en deux avant que les jets-skis n’arrivent.

Je pense que les défenseurs des requins/détracteurs de la noix de coco n’en mèneraient pas large non plus.

Et encore, je ne te parle que de Mick Fanning, qui s’est un peu retrouvé là-dedans sans avoir le choix, donc s’est débattu comme il pouvait, mais ce qui m’impressionne le plus, personnellement, c’est la réaction de Julian Wilson.

Wilson, il était loin, il avait un peu d’avance sur le requin. Moi, à sa place, j’aurais ramé droit vers le jet-ski le plus proche pour me mettre à l’abri (mais bon, moi j’ai déjà peur des vagues de 2m50, et des chiens, je suis pas vraiment une référence en matière de courage face au danger). Mais Wilson, il est trop bien pour ça. Wilson, avec sa planche, il a eu le réflexe de ramer vers le requin pour aller aider son pote, ou pour se faire couper en deux aussi, je sais pas trop.

Et j’ai envie de dire, pour avoir un réflexe pareil, faut quand même être sacrément courageux, ou un peu con, je sais pas trop non plus. Ça mérite bien un petit câlin en tout cas.

Julian Wilson et Mick Fanning après l'attaque de requin au J-Bay Open

Photographie Kirstin Scholtz

Bref, l’exemple Fanning/Wilson, il nous montre que déjà, être un surfeur, c’est aussi devoir dealer avec les risques de la mer, même s’ils sont moins fréquents que ceux des cocotiers, mais c’est aussi avoir le courage de se mettre en danger volontairement pour aller aider un ami, et ça c’est drôlement beau.

Le cas du tympan perforé de Sally Fitzgibbons

Sally, c’est un petit peu mon modèle, parmi les sportives (attention moment groupie). Sally, c’est une véritable athlète : running, foot, surf, rien ne lui résiste. Elle a toujours le sourire, dégage une énergie folle, montre une détermination à toute épreuve, et puis j’adore sa manière de surfer.

Sally Fitzgibbons

Photographie Laurent Masurel

Mais je t’avoue qu’elle est encore montée un cran dans mon estime dernièrement. C’était début juin, pendant le Fiji Women’s Pro. Sur le deuxième tour, Fitzgibbons chute lourdement et se perfore le tympan.

Tu sais ce que ça fait un tympan perforé ? Parce que pas moi, en fait. Mais bon, je pense que ça fait très mal, quand même. Genre assez mal pour rentrer direct à la maison en laissant la compétition en plan. De toute façon, il est rigoureusement interdit de mettre la moindre goutte d’eau dans un tympan perforé, alors surfer, n’y pense même pas.

Mais Sally, elle s’est pas démontée, elle a mis des bouchons d’oreille, un bandeau, elle a pris ses antidouleurs, et elle y est retournée le jour même, en amenant ses vertiges avec elle. Et puis au passage, histoire de pas faire tout ça pour rien, elle a éliminé ses concurrentes les unes après les autres pour aller gagner l’épreuve.

Je crois que c’est ce qu’on appelle une vraie sportive, avec une détermination en béton. Le dépassement de soi, la volonté de continuer malgré la douleur, ça va, elle maitrise, je crois même qu’elle pourrait donner des leçons à nos petits footballeurs.

Le surfeur, c’est peut être un kéké, mais c’est un kéké qui continue même blessé, même contre l’avis des médecins. C’est un vrai sportif qui va quand même chercher au fond de lui tout ce qui lui reste pour se donner les moyens d’atteindre ses objectifs, et qui parfois même, les atteint.

La rencontre du visage de Jeremy Flores avec un récif Indonésien

Jeremy Flores, c’est l’unique représentant de notre pays présent parmi l’élite mondiale. Il a un peu l’habitude de faire quelques vagues (sans eau, les vagues), mais qu’on l’aime ou pas, on ne peut pas vraiment nier qu’il est bon, très bon.

Jeremy est parti en Indonésie fin juin, pour une petite session de surf pour le plaisir. A peine arrivé, le voilà dans l’eau. Sur une petite vague, il chute, et c’est le drame. Son visage heurte violemment le récif, et le voilà inconscient, grièvement blessé. Secouru par d’autres surfeurs, il se retrouve à attendre 24h l’arrivée de l’hélicoptère, subissant des pertes de mémoire, sans pouvoir nettoyer ses plaies ni dormir. Pour le plaisir, on repassera.

blessure Jérémy Flores Indonésie

Finalement soigné, de retour en France, on lui trouve deux fractures qu’il faut laisser guérir avant de remonter sur la planche.

Flores a donc déclaré forfait pour l’attaque du requin (pardon, le J-Bay Open), mais était bien présent pour le Billabong Pro Tahiti à Teahupoo, avec un casque sur la tête, ce qui peut poser pas mal de problèmes d’équilibre sur une planche.

Pas assez visiblement, puisque, suivant les traces de Sally et de son tympan abimé, Jeremy et son casque ont remporté l’épreuve Tahitienne. Celle-ci, j’étais devant, et je peux te dire que c’était joli à voir.

Et oui, être un surfeur, c’est aussi s’exposer à des accidents graves en surfant dans des zones pas toujours parfaites, et devoir faire face à la douleur pour continuer la compétition, puiser dans ses réserves pour tout donner même quand on sait que l’on n’est pas à 100 % et que ce sera dur.

Mais… Y aurait-il de vrais battants cachés derrière cette façade de kékés ? Les surfeurs seraient-ils finalement des sportifs comme les autres ? Des hommes et des femmes capables de faire face aux blessures, aux accidents, à la douleur, pour donner toujours le meilleur d’eux même et se dépasser chaque fois un peu plus ?

4 Comments

  1. c’est vrai qu’il y a des bo gosses , blonds, musclés… mais en ce moment à la Torche il y a un petit brun qui ne ressemble pas au profil que tu donnes… bon surf Neel

  2. Que nenni, migration d’un des 2 logiciels utilisés demain dans la journée…. chaud les marrons, astreintes et tutti quanti… pas de vacances en septembre pour l’instant .. mon collègue , le gosse (25 ans) , le petit veinard y était la semaine dernière . Ai regardé ce midi la webcam de Porscarn ==> dégoutée de voir ce ciel bleu et quasiment personne sur la plage….

    • Le ciel ne reste pas bleu longtemps en ce moment ! J’espère que la migration s’est bien passée ! Bises

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