L’épreuve du coiffeur

Je ne sais pas s’il existe une seule femme dans le monde qui arrive à aller chez le coiffeur en toute confiance, sans une seule pointe de stress. Je veux dire, mis à part les stars qui peuvent se permettre de mettre ma paye mensuelle dans trois coups de ciseaux (enfin j’ai pas bien conscience de combien coute un coiffeur de star, alors j’ai dis un peu au hasard, juste pour l’image, tu vois). J’en connais qui stressent des jours avant le rendez-vous, ou qui carrément ne vont plus chez le coiffeur et s’occupent elles-mêmes de leurs cheveux depuis des années, celles qui y vont avec des directives précises et insistent bien pour avoir exactement ce qu’elles ont demandé, et celles qui, quoi que le coiffeur fasse, ne sont jamais contentes.

Moi je sais jamais ce que je veux. J’ai des cheveux un peu pourris qui ne méritent que d’être rasés à blanc pour les punir d’être si fins et capricieux. En plus, je suis pas une grande fan des trucs sophistiqués, je trouve que ça me ressemble pas, et puis je suis pas très intéressée par le monde de la coiffure, en fait. En gros, pour tout t’avouer, le gros drame capillaire de ma vie, c’est de pas être un homme. Si j’étais un homme (je serais capitaine) j’aurais une coupe courte trop staïle, tu sais, avec le mouvement sur l’avant (je pars du principe que si j’étais un homme, j’aurais toujours pas les cheveux frisés, mais quand même un peu plus épais que ce que j’ai là, j’aurais les cheveux de mon frère, quoi). Mais voilà, je suis pas un homme, en plus je suis grande et, comment je peux te dire ça sans que ce soit négatif, ah oui, j’ai un physique athlétique (traduction : j’ai des épaules de camionneur, d’ailleurs j’ai été surnommée comme ça quelques années par mes potes) (merci pour ma confiance en moi hein, les copains) (mais je te rassure, je vis très bien avec ma carrure de gladiateur, j’ai appris à l’accepter, ça m’empêche pas de me faire inviter à danser à la salsa, donc ça doit pas être si terrible que ça), donc les cheveux courts, j’ai toujours eu un peu peur que pas maquillée, ça fasse mec, et maquillée, ça fasse trans, tu vois un peu le genre. Pourtant j’aimerais bien hein, mais comme j’ai pas vraiment une âme de Ruby Rose (ni le visage de mannequin qui va avec), j’ai pas encore sauté le pas de dire « et puis merde, j’ai beau être une nana, j’ai envie d’une coupe courte trop staïle comme les mecs ».

En fait, j’arrive souvent chez le coiffeur avec comme réponse à la question « alors qu’est ce qu’on fait cette fois? » un gros blanc doublé d’un air con et d’un point d’interrogation au dessus de ma tête. Et je finis invariablement par dire « ben, je sais pas ».

Tu me comprends maintenant quand je te dis que, peu importe ou j’habite, je m’arrange toujours pour aller chez deux coiffeurs que je connais, soit à Quimper, soit à Rennes. Parce que je sais que je peux leur dire « aller, je ferme les yeux, fais-toi plaisir » (c’est véridique hein, je l’ai déjà fait) sans craindre de finir avec une coupe mulet. Parfois ça me plait pas hein, mais même quand ça me plait pas, ça me va bien, alors c’est moins grave. Enfin sauf la fois ou je suis sortie avec une coupe que tout le monde trouvait CA-NON et qui me donnait envie de pleurer tellement elle me correspondait pas. Pendant trois mois les gens se sont évertués à me dire « ah non mais vraiment Ocilia, VRAI-MENT, cette coupe te va trop bien, c’est un truc de fou » alors que je n’ai jamais réussi à me reconnaitre dans le miroir avec. Je crois que c’est encore plus dur quand tout le monde le répète, sache-le, ne fais jamais subir a à une amie, s’il te plait.

La semaine d’avant, je suis passée à Rennes. C’était ma première coupe depuis mon retour en Bretagne. On devrait toujours faire attention lors de la première coupe après un changement, il faut jamais la faire sur un coup de tête et toujours bien y réfléchir. Parce que là, je me suis assise devant la coiffeuse et j’ai dit « je sais pas ce que je veux, mais j’ai envie de changement ! ».

Ma coiffeuse, déjà, elle a plus un look de tatoueuse que de coiffeuse, en fait, et la première fois ça m’avait fait un peu peur. Je veux dire, elle a quand même une partie du crâne rasée, elle s’habille en noir et autour de son miroir, y a des flyers du Hellfest. Genre tu t’assoies mais tu fermes pas les yeux, de peur de te réveiller avec un piercing dans la lèvre. Mais elle est super forte, et elle fait des coiffures trop staïles aux hommes (un jour je lui en demanderai une). Maintenant, quand j’appelle le salon, je la demande elle exprès, parce que finalement, je finis par vraiment bien l’aimer, ma coiffeuse rock’n’roll.

Elle a hésité, un peu. Elle a regardé mes cheveux d’un air un peu dépité en me disant « bon, déjà, faut faire avec ce qu’on a ». C’était pas très engageant. C’était même à peu près au même niveau de bénéfice pour ma confiance en moi que mon surnom de camionneur, tu vois. Enfin, même si c’était vrai, disons qu’il y avait des moyens plus doux de le dire.

Elle m’a demandé si le changement impliquait qu’on pouvait tout couper ou pas. J’ai eu envie de lui dire oui, et puis j’ai pensé à mes épaules, alors j’ai fait la moue, tu vois. Elle a commencé à me parler d’une coupe déstructurée avec des mèches longues et des mèches courtes, et l’image a fait drôle dans ma tête, alors je lui ai demandé si elle avait pas des photos, seulement elles étaient avec une autre coiffeuse.

Alors on a parlé carré plongeant, un peu déstructuré, on a dit que c’était pas si important de pouvoir les attacher, on a évoqué le fait que j’étais pas vraiment très forte sur la brosse et le sèche cheveux. Et puis j’ai lancé l’idée de l’asymétrie. Elle m’a regardée et a dit ok, on tente. Là j’ai réalisé dans quelle merde j’étais en train de me coller. Et je me suis dit « ma grande, tu es partie pour passer la moitié de tes journées à trier cheveux de droite et cheveux de gauche, et à te demander si cette mèche que tu avais identifiée comme gauche n’appartiendrait pas plutôt au groupe de droite ».

Je me suis pas dégonflée, et on a coupé, enfin, elle, en fait. Plus court que ce que je pensais, ce qui a eu pour effet de me faire me raidir un peu sur ma chaise. Tendue comme tout, j’ai regardé ma nouvelle coupe apparaitre petit à petit sous mes yeux.

nouvelle-coupe-cheveux

Je dois être un peu frustrante pour les coiffeurs, parce que je ne sors jamais en disant « haaaan c’est trop bien j’adore ». Non. En fait je me regarde dans le miroir comme si j’avais face à moi une personne inconnue et un peu flippante, genre humaine mais avec la peau verte, ou un troisième bras dans le dos. Et après avoir observé la fille avec la nouvelle coupe en face, je finis toujours par balancer « bon, ben il va falloir que je m’y habitue » (frustrante, je te dis). Je n’arrive en fait jamais à savoir si j’aime une coupe ou pas dans les 5 minutes. Pour décider, il me faudra quelques jours, le temps de me voir le matin avec, d’avoir à la coiffer après un shampoing, de voir ce qu’elle donne avec ou sans sèche cheveux. Et pendant mon hésitation, je vais passer mon temps à me dire « et si ça me plait pas, je fais quoi ? ». Et forcément, plus c’est court, moins t’as de possibilités.

Alors je suis rentrée à la maison, et là ma coloc a fait « oooh c’est trop bien ça fait trop femme d’affaires ». A ce moment là, j’ai presque eu envie de m’ouvrir les veines à la lime à ongles (je suis la modération incarnée).

C’était exactement LE truc que je voulais absolument éviter, en fait. Faire « femme », « femme d’affaire », « classe » ou quoi que ce soit du genre.

Moi je voulais un truc rock’n’roll, tu vois, comme la coiffeuse. Un truc un peu brouillon, un peu simple mais pas tant que ça, un peu impertinent quoi, mais pas classe, par pitié. Après avoir recueilli plusieurs avis, et sans jamais leur donner d’indices, tout le monde arrive à la même conclusion, ça fait femme. J’ai plus qu’à m’y faire, ou alors à couper court, vu le peu de marge qu’il me reste (j’ai encore l’option du suicide à la lime à ongles, remarque).

En attendant, ça fait deux semaines, tout le monde me dit que la coupe est jolie, et quand je me fais un shampoing, j’ai l’impression de passer mes mains dans des cheveux d’homme, et je trouve ça plutôt cool. Alors je crois que même si je referai pas exactement la même une deuxième fois, je commence à bien l’aimer, cette nouvelle coupe.

Et toi, le coiffeur, c’est l’épreuve ou tu es l’une des rares à y arriver zen ?

8 Comments

  1. Le coiffeur a d’abord été pour moi le seul endroit où je voulais me faire couper les cheveux courts. Sinon, c’était ma mère qui coupait mes cheveux, mais je ne voulais pas qu’elle les coupe courts comme si elle coupait les cheveux de mon père. Donc coiffeur. Les premières fois, j’étais encore petite, donc je n’ai pas échappé aux « bonjour, jeune homme », mais au fond c’était pas si terrible.
    Ce qui est marrant dans ton article, c’est que tu dis ne pas vouloir les cheveux courts de peur qu’on te prenne pour un mec, mais avoir une coupe qui te fait ressembler à une femme … Crois-moi, ça repousse assez vite les cheveux, surtout quand ils sont courts (moui, tout cela est très subjectif ^^) ! Tu peux tenter la « coupe de mes », tu resteras une fille, ou même une femme 😉

    • C’est vrai que tu a relevé une drôle de contradiction. En fait je crois que je cherche à rester féminine mais sans pour autant faire femme, ce qui implique pour moi une certaine élégance, maturité, classe, que je ne ressens pas comme étant raccord avec moi.

      Tu as toujours eu les cheveux courts alors ? Toujours satisfaite du coiffeur pour les coupes courtes ?

      C’est vrai que ça repousse, mais j’ai une tendance vision à court terme, et du coup une coupe courte qui ne me va pas serait un vrai drame ^^ (on fait vraiment des drames de rien, parfois). Mais je pense qu’un jour, je tenterai, ça me démange trop.

  2. Ton sujet est complètement d’actualité pour moi 🙂 Il va falloir que je prenne rdv…

    Parce que je confirme, les cheveux courts, ça repousse (très vite….) du coup, le désavantage c’est qu’il faut retourner chez le coiffeur (et donc à nouveau les questions existentielles sur la prochaine coupe !) très régulièrement (tous les 2 mois presque).
    Et pour ce qui est de l’effet « garçon », tu peux facilement compenser avec un joli maquillage, des graaaandes boucles d’oreille (d’autant qu’avec les cheveux courts on les voit vachement bien !) et le côté masculin est vite oublié. (et en cette saison, avoir la nuque bien dégagée, c’est un vrai plaisir !)

    En tout cas, pour conclure, c’est plus torture que détente le coiffeur… (surtout au prix de la capitale, mais ça c’est un autre sujet !!)

    Bises !!

    • Ah ben oui plus c’est court plus on y retourne c’est vrai ça, moi qui ne prends rendez-vous que tous les 6 mois…

      C’est clair que le côté garçon se compense mais du coup il faut avoir le temps de se maquiller tous les matins, faire l’effort de s’habiller de manière un peu féminine, tout ça… c’est du boulot ! Je trouve que ça reste super féminin sur toi les cheveux courts.

      Par contre c’est clair que la nuque dégagée c’est vraiment cool ! Autant l’hiver à chaque fois que je vais chez le coiffeur j’attrape la crève en sortant mais là ça a été la délivrance de sortir comme ça !

      Je n’ai jamais vu un seul coiffeur à Paris, fais moi peur : c’est quoi les prix ?

      Bisous la miss

      • 37 € le moins cher que j’ai trouvé dans le quartier, plutôt facilement autour de 40 €…. Quand on a l’habitude de payer entre 28 et 30 €, ça fait mal au porte monnaie !!!

        • Ah oui… 37 euros c’est le prix de mon (très bon) visagiste à Quimper, et ma coiffeuse de Rennes prend 26… Bon, tu me donnes pas très envie de retourner vivre à paris hein !

  3. Ton article m’a beaucoup fait rire, j’adore ton sens de l’humour !!! Moi le coiffeur j’y vais une fois par an pour faire les pointes mais c’est tout ! J’ai les cheveux assez longs et épais, généralement les coiffeuses aiment bien par contre elles ont plein de supers idées de coiffures mais moi je veux toujours un truc tout simple !

    • Merci beaucoup pour mon article ! Je crois que si j’avais les cheveux épais je les aurais longs aussi ! Le problème quand ils sont tous fins, c’est qu’en poussant, ça ressemble à rien, donc je finis toujours par craquer et couper !

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