Un jour, je suis devenue fidèle

Si tu me connais, dans la vraie vie ou à travers ce blog, tu connais aussi mon grand amour pour les phrases d’accroche racoleuses à souhait mais qui annoncent souvent un post qui n’a aucun rapport avec la première interprétation que tu vas faire de son titre. Je suis comme ça, j’aime bien induire mes lecteurs en erreur en jouant vaguement avec les mots, les expressions et ce qu’ils peuvent faire naitre comme association dans le cerveau de ceux qui les lisent ou les entendent. Je suis une marketeuse, en résumé, et je pense que c’est peut être un peu ça qui m’a conduite à ce métier (et je comprends aussi maintenant pourquoi j’ai été aussi passionnée par les cours de neuro-marketing) (oui, ça existe) (pour de vrai).

Sache donc qu’aucun représentant de la gente masculine n’a été maltraité pour les besoins de cet article, en tout cas pas une seule personne impliquée émotionnellement avec moi-même (voilà, donc si tu avais cliqué uniquement pour le titre en pensant trouver un article satisfaisant le voyeurisme un peu malsain qui nous habite tous à différents degrés, tu peux tout de suite donner un coup de souris sur la croix rouge en haut à droite ou à gauche de ton écran, selon que tu sois un fervent défenseur du PC ou du MAC).

Bref, on va parler d’odeur. C’est drôlement plus appétissant, dis donc, dit comme ça.

Un Jardin sur le Nil parfum Hermès

Depuis plusieurs années, je voue une sorte de passion aux parfums. C’est arrivé un peu par hasard, et un peu tard aussi, à peu près en même temps que le maquillage et les jupes (ahem oui on peut pas vraiment dire que j’ai été une ado et une jeune adulte très féminine, mais on parlera de mon petit côté garçon manqué un autre jour, ou jamais, jamais c’est bien aussi), c’est à dire quelque part entre mes 18 et mes 20 ans, par là.

Petit à petit, à force de virées Séphora le samedi après-midi et de lecture assidue des forums sur le parfum, j’ai commencé à développer mon nez, à reconnaitre les notes, les signatures olfactives des marques, les fragrances en elles-mêmes. Curieuse, je notais scrupuleusement les noms des parfums rencontrés sur le net dans l’idée d’aller les sentir en magasin pour me faire ma propre idée. J’avais l’habitude de demander régulièrement des échantillons, parce que tu sais, un parfum, ça s’achète pas comme ça, ça s’essaye sur la peau d’abord.

C’est là que le bât blesse, parce qu’il n’y avait finalement pas grand chose que j’aimais, sur ma peau. Entre ceux qui s’éteignaient en cinq minutes (les parfums Armani, pour ne citer qu’eux), ceux qui viraient sucrés sur moi alors qu’ils ne l’étaient pas sur le testeur, et ceux qui me filaient littéralement la nausée (Chanel en première ligne, mais Ange ou Demon est particulièrement bon à ce jeu là aussi), peu d’entre eux me convenaient.

Mais j’en possédais quand même une petite collection, et entre les flacons que j’avais et les échantillons, il n’y avait pas deux jours de suite ou je portais la même fragrance. Pendant quelques années, j’ai tout de même eu trois petits préférés : KenzoAmour, que je vendais très très mal car ce parfum m’évoque une atmosphère chaude et humide, presque étouffante, comme une forêt tropicale mais hostile, le classique de Jean-Paul Gauthier, que je ne peux plus sentir maintenant, et White Spirit, le parfum inconnu de la marque tout aussi inconnue et surtout aujourd’hui discontinuée Galerie Noémie, parfum que je regretterai toute ma vie tellement je l’aimais.

J’étais une infidèle. Ma curiosité olfactive n’était jamais comblée, et j’allais sans cesse voir si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. J’aimais l’idée de jouer avec mon odeur, de l’accorder à mes humeurs, de changer sans cesse et de surprendre. Et j’aimais aussi l’idée d’approfondir ma culture olfactive, de continuer à développer ce nez, à reconnaitre les notes. L’univers du parfum me semblait infini, inaccessible et incroyablement attirant, forcément.

J’ai joué les infidèles plusieurs années, et puis un jour, j’ai été prise en stage chez un des géants de la parfumerie de luxe. Je n’étais pas placée sur des marques de parfums puisque j’étais plutôt du côté cosméto, mais j’en avais quand même une, et j’ai pu découvrir l’autre côté, celui des spots TV, des affiches de lancement et des fiches produits à rédiger (c’était mon exercice préféré, j’allais voir F., qui était une personne absolument passionnante, et toutes les deux, on aspergeait un testeur et on identifiait les notes de têtes, de cœur et de fond, ça donnait des conversations du genre « je sens bien la pèche, mais alors par contre j’arrive pas à trouver le chocolat » « non mais laisse tomber, moi non plus, je sens pas le chocolat », et puis après, avec ce qu’on avait senti, on faisait de la poésie sans rime, pour parler des envolées florales sur lit de fruits, des pointes d’épices, et de la femme audacieuse, charmeuse et irrésistible qui porterait sans aucun doute ce parfum d’exception). Ce stage a largement empiré ma collection de parfum, puisque je pouvais maintenant les acquérir à prix coutant et qu’en plus, on m’en a bien offert 6 ou 7 lors de mon départ.

Je me suis rendue compte, à la suite de ce stage, que si j’étais toujours aussi passionnée par ces pépites olfactives, mes goûts, eux, commençaient à se prononcer très sérieusement. Le Kenzo 5:44 PM in Madagascar ramené de l’aéroport de Santiago de Chile a commencé à me filer des nausées, et quand je mettais KenzoAmour, je ne me reconnaissais plus. Je me suis mise à fuir à tout prix les parfums sucrés, trop féminins, qui ne me correspondaient pas. Et j’ai commencé à réfléchir à ce que j’aimais vraiment. Je me souvenais de White Spirit, ou du flacon que je piquais souvent à mon ex, tous deux des parfums mixtes, des odeurs non genrées, pas trop fille, pas trop garçon, des mélanges un peu troublants et inhabituels. Et puis lors d’un Noël, ayant joué les conseillères Séphora pour mon beau père, je tombe sur celui que j’aimais depuis des années, mais sans jamais oser l’acheter tant son odeur était particulière, et mon beau-père, voyant mon hésitation, lance « tu le veux ? Je peux te le prendre pour Noël ».

Un Jardin sur le Nil parfum Hermès

Me voilà donc avec Un Jardin Sur Le Nil, d’Hermès, à la fois ravie de posséder cette fragrance si luxueuse, si inhabituelle, et un peu apeurée justement face à son originalité, face à l’idée de ne peut être pas la porter comme il le faudrait, de ne pas être la bonne personne pour ce jus là.

Les années ont passé, et je ne sais plus finalement où sont mes autres flacons. Petit à petit, ce jardin s’est imposé comme étant mon odeur à moi, fraiche, verte, un peu piquante, ni masculine ni féminine. J’ai mis un peu de temps à l’assumer, je crois, surtout par rapport aux autres, par rapport à l’idée de les agresser avec une fragrance qui sort des codes, avec une odeur qu’ils n’ont pas l’habitude d’avoir dans les narines.

Et puis un jour, avec l’habitude, j’ai cessé de me poser des questions, j’ai cessé de voir l’originalité de mon parfum, c’est juste mon odeur, celle que je me suis trouvée à force de papillonner, celle qui m’a donné envie de me poser, de me contenter d’elle, même si je continue à regarder ailleurs, pour ma culture, mais sans jamais avoir dans l’esprit l’idée de lui être infidèle.

Il y a peu de temps, lors d’une bachata, un danseur, par une simple petite remarque, un c’est quoi ton parfum, je l’ai jamais senti et il est vraiment original, m’a rappelée à quel point j’aimais cette odeur, et l’idée justement de ne pas porter quelque chose de banal, de senti maintes et maintes fois sur d’autres, que j’aimais le fait d’interpeller juste par mon parfum. Et c’est ce soir là, je crois, et peut être un peu plus tard aussi, que je me suis rendue compte que ça y est, j’en avais fini de mes infidélités constantes, puisque aujourd’hui, chez moi, je n’avais plus qu’un seul flacon, et que c’était celui-ci.

2 Comments

  1. Je continue dans mon rattrapage de retard ce soir : je ne connais pas du tout ce parfum, si je le croise en magasin, je me ferai un plaisir de m’y essayer !
    Si l’occasion se présente, je te dirai ce que j’en ai pensé 🙂
    Bisous !

    • Globalement, toute la gamme des jardins vaut le coup, mais celui la est en tête ! Tu me diras si tu le croises. Bisous

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